Rencontre avec Arnaud Perrier

Né le 2 janvier 1962, Arnaud Perrier fut champion de France des – 86 kg en 1988. 7ème dan depuis novembre 2014, il est depuis 2006 directeur des Pôles France à la FFJDA.

Arnaud Perrier

En 1971, Arnaud Perrier a 9 ans et vit avec sa famille du côté de Montpellier. Un prospectus reçu dans la boîte aux lettres incite ses parents à le conduire au club de l’A.S. Paillade. Le professeur s’appelle M. Ducos. La première saison ? Correcte, sans plus. Etant l’un des plus jeunes sur le tapis, Arnaud hésite à rempiler la saison suivante. Jusqu’en minimes, il conciliera en effet le judo avec son autre passion, le volley-ball. Trente-cinq ans plus tard, il ne regrette pas d’avoir finalement choisi le judo.

Pour cette deuxième saison, Alexis Jauffret a succédé à M. Ducos aux commandes du club. Arnaud Perrier, lui, apprécie très vite les premiers interclubs, la confrontation. Champion du Languedoc-Roussillon minimes, 2ème aux Interrégions cadets, 3ème aux France juniors, le jeune espoir aux seoi et ko-uchi ravageurs ne s’estime pourtant pas assez mordu pour intégrer le Pôle de Nîmes. Il préfère rester fidèle à son club, devenu entre-temps l’A.S.P.T.T. Montpellier, suivre les quatre années d’U.E.R.E.P.S. – l’ancêtre de l’U.F.R.A.P.S. - et se satisfait des entraînements de masse hebdomadaires organisés sur Montpellier. Il devient champion de France universitaire par équipe sous la coupe de Jean-Michel Ballarin.

1er dan à 16 ans en 1978 – année à partir de laquelle il commence à donner des cours de judo -, 2ème dan en 1980, 3ème dan en 1982, arbitre F2, Arnaud Perrier a 21 ans en 1983 lorsque son podium national junior lui ouvre les portes de l’INSEP, à Paris, où Angelo Parisi lui fait visiter les quatre coins du tapis – "l'impression d'être un jouet entre ses mains" -, puis celles du Bataillon de Joinville. A son retour de l’armée, Arnaud prend sa licence au Racing club de France et essuie les plâtres de la toute première promotion de formation au Professorat du sport. Il y côtoie Cathy Calvet, Fabien Canu, Patrick Roux, Guy Delvingt ou Laurent Del Colombo et obtient son diplôme… 4ème dan en 1985, Arnaud se classe plusieurs fois 5ème des championnats de France seniors avant de connaître les joies du titre national en 1988 – il se classera 2ème en 1989 et 3ème en 1990.

Barré au niveau international par des pointures telles que Fabien Canu – double champion du monde, triple champion d’Europe – ou Pascal Tayot – champion d'Europe, vice-champion olympique en 1992 -, Arnaud n’en remporte pas moins deux Coupes d’Europe par équipes de club avec le Racing club de France, dont il est le capitaine et où il côtoie Bertrand Damaisin, Bruno Carabetta, Jean-Pierre Bessé ou Benoît Campargue. 5ème dan en 1988, il "sort" également régulièrement en tournoi individuel. Il mettra un terme à sa carrière internationale en 1993 dans la foulée d'une ultime participation au Tournoi de Paris, dont il était encore médaillé de bronze l'année précédente.

En 1990, il a le choix de devenir Cadre technique régional à Nancy ou à Lyon. Fort d'un premier contact positif avec André Quilès, alors arbitre international, lors d'un tournoi en Yougoslavie, et souhaitant de longue date et d'un commun accord avec son épouse se rapprocher le plus possible du Sud, Arnaud Perrier choisit Lyon. En tant qu'athlète de haut niveau, il reste cependant détaché auprès de l'INSEP durant les trois premières saisons, c'est-à-dire jusqu'à 1993 et sa retraite de compétiteur, à l'âge de 31 ans.

"Pour un compétiteur, ça met une claque de décider de passer à autre chose. Heureusement, le challenge qui m'attendait était tout aussi enrichissant." Cadre technique régional, le voici désormais en charge de la détection et de l'entraînement de l'élite de la région, mais aussi de la formation des enseignants et de la promotion du judo. Dès les années 1994-95, il remet en route les entraînements de masse, puis monte le Pôle espoirs de Lyon. Des débuts en douceur – le Pôle ne compte qu'une douzaine de membres lors de sa première saison d'existence -, mais avec quelle densité ! "Toute une génération de champions est sortie de ces premières saisons du Pôle : Anne-Sophie Mondière, Fanny Riaboff, Stéphane Biez, David Bouzouklian, Frédéric Colas…"

En 1995, Arnaud Perrier succède à Eugène Domagata au poste de Cadre technique interrégional, en plus de ses fonctions de Cadre technique régional. La formation des juges et l'organisation des compétitions au niveau de l'interrégion s'ajoutent à la liste déjà longue de ses prérogatives. Pour pouvoir y faire face, Arnaud reçoit l'appui de Patrick Nolin qui accepte, de son côté, de cumuler ses fonctions de Cadre technique départemental avec celles de CTR… En parallèle, Arnaud, qui n'a jamais vraiment cessé d'enseigner le judo y compris lors de ses années à l'INSEP – "à l'époque, les aides dont bénéficiaient les athlètes de haut niveau étaient sans commune mesure avec celles d'aujourd'hui, j'assurais donc quelques cours à côté, une ou deux fois par semaine" -, prend le soin de conserver un pied sur le tatami, au moins quelques heures hebdomadaires. D'abord à la MJC Laënnec-Mermoz, puis à Tarare et enfin aujourd'hui à l'Amicale Laïque de Mions. "Tout part des clubs. La pédagogie, les questions des enfants, celles de leurs parents, les rencontres, le lien social, les amis... Sans cette base, vous avez vite fait d'être déconnecté de la réalité."

6ème dan en 2004, il se voit confier cette année-là la direction d'un groupe de réflexion sur le judo de haut niveau en France. Fabien Canu, alors Directeur technique national, n'a en effet pas digéré les résultats de l'équipe de France aux Jeux olympiques d'Athènes. Un début de solution semble passer par la détection et une refonte des Pôles. Suite aux conclusions rendues par ce groupe de réflexion, Arnaud Perrier est nommé en 2005 Directeur des Pôles France par Brigitte Deydier, la nouvelle DTN, aux côtés de Guy Lebaupin, responsable lui des Cadets. "Il y a aujourd'hui 26 Pôles espoirs – un par Ligue, donc -, 4 Pôles France Juniors (Bordeaux, Marseille, Orléans et Strasbourg) et un Pôle France jeunes seniors, l'INEF, qui sert désormais de sas entre les Pôles France et l'INSEP. Jusqu'alors, chaque pôle travaillait un peu dans son coin. Désormais, il y a davantage de liens entre les pôles et les entraîneurs nationaux juniors et seniors. C'était la volonté de la Fédé de permettre à tout le monde de travailler dans le même sens." Entraide et prospérité mutuelle ? "Il y avait effectivement une demande. Du coup, la dynamique actuelle est très positive. Les juniors se retrouvent tous en stage lors des vacances scolaires, notamment cet été à Houlgate pour aider l'équipe de France à préparer les Mondiaux de Rio. Cela permet à toute la filière de progresser."

Et il le fallait, car le judo international a évolué. "L'éclatement de l'URSS, c'est comme si vous vous retrouviez aujourd'hui avec cinq ou six Japonais dans votre demi-tableau. Il y a encore vingt ans, seule une dizaine de pays étaient susceptibles d'aller chercher des médailles au niveau mondial. Aujourd'hui, avec la multiplication des stages internationaux, les petits pays s'aguerrissent. Désormais, sur 56 médailles possibles lors d'un championnat du monde, une trentaine de pays sont susceptibles d'être récompensés. La différence avec la génération d'avant est énorme."

Enorme aussi la rage de vaincre des représentants de ces nouveaux pays. "C'est vrai que certains combattants ont la dalle. Mais le judo est un sport de combat : celui qui veut gagner doit se battre." Une lapalissade pas si anodine que cela dans la bouche d'un ancien international fort désormais de dix-sept années d'expérience comme cadre technique. "Sans vouloir faire mon ancien combattant, nous sommes aujourd'hui en présence d'une génération peut-être plus "sport-loisir" et touche-à-tout, fascinée par la réussite immédiate sans voir le travail que celle-ci implique en amont, une génération qui a besoin d'être poussée pour persévérer. Or la progression en judo passe par l'assiduité et le travail. Les étapes à franchir sont certes ingrates et pas trop dans l'air du temps, mais c'est lorsque ces étapes sont franchies que débute vraiment le plaisir de pratiquer."

Très admiratif du judo japonais, qu'il a eu l'occasion de côtoyer lors de tournois et de stages avec l'équipe de France, Arnaud Perrier n'est pourtant pas un adepte du "copier-coller". "Le judo russe aussi peut être source d'inspiration pour son efficacité. Or l'efficacité est précisément l'objet de la recherche dans le judo. Le judo français, lui, est riche en techniciens. Cela est particulièrement frappant lorsque vous vous rendez sur les tournois internationaux… Notre vérité se situe donc peut-être au carrefour de tous ces judos-là." Et s'il ne devait retenir qu'une chose des voyages et des rencontres nées d'une vie consacrée au judo, ce serait celle-ci : "Au fond, question liberté, quotidien et qualité de vie, nous ne sommes pas si mal lotis que ça en France."

Propos recueillis à Toussieu les 5 et 12 septembre 2007 par Anthony Diao.