Rencontre avec Cathy Giraud

Née le 23 février 1954, professeur au C.L.A.M., Cathy Giraud est devenue en 2006 la première femme de la Ligue du Lyonnais à obtenir le grade de 6ème dan

Cathy Giraud

En 1962, Cathy Giraud a 8 ans. Elle pratique le ski et la natation, et entend bientôt parler du judo par son cousin. Elle pousse alors la porte du C.A.S.C.O.L. (Club athlétique et sportif des cheminots d'Oullins), où officient Bernard et Renée Monneret. Cette dernière, 3ème dan, va d'ailleurs beaucoup compter dans l'engagement futur de Cathy dans le judo.

A l'époque, les championnats féminins n'existent pas. Créés en 1951 pour les hommes, les premiers Championnats du Monde féminins de judo ne seront organisés qu'en 1980. De fait, Cathy participera au mieux à quelques interclubs. De toute façon, Renée Monneret n'est pas favorable à l'idée de compétition.

En 1972, Cathy Giraud a 18 ans. Depuis quatre ans, elle s'entraîne désormais au C.L.A.M. (Centre lyonnais des arts martiaux) à Vaise, un club fondé en 1965 par Bernard Monneret. Pour l'anecdote, celui-ci demanda dans un premier temps à ses anciens élèves du C.A.S.C.O.L. de ne pas le suivre au C.L.A.M., ceci afin de ne pas pénaliser les débuts de son successeur au C.A.S.C.O.L.… Le métier de son père conduit Cathy à s'installer à Roanne. Elle songe de plus en plus à arrêter le judo, faute de motivation véritable. Las, une tragique nouvelle la pousse à la remise en question : Renée Monneret se tue dans un accident de la circulation. Pour Cathy, le tournant est décisif : "Madame Monneret m'avait toujours incitée à essayer de finir ma ceinture noire. Lorsque j'ai appris la nouvelle, j'ai décidé de revenir sur Lyon. Je me devais d'aller au bout, pour elle."

Comment devenir ceinture noire lorsque vous êtes une femme, en ce début des années 70 ? "Pour nous, l'obtention de la ceinture noire ne pouvait se faire que par voie technique. Nous présentions le Nage no kata, puis la 1ère série du Ju no kata. Ensuite, nous avions un programme d'expression technique debout et sol, et enfin des randori." Cathy Giraud obtient son 1er dan en 1974 et son 2ème en 1977. Ce n'est qu'en 1981 – année où elle obtient son 3ème dan – que l'examen des 1er et 2ème dans appliquera enfin le critère compétition, jusqu'alors réservé aux seuls garçons.

Depuis 1974, Cathy Giraud donne quelques cours au C.L.A.M. et suit en parallèle l'enseignement de Georges Baudot à l'Ecole des cadres : "J'y suis restée quatre ans. Ses cours étaient un vrai bonheur." Elle obtient son Brevet d'Etat en 1977. Dans le même temps, elle devient également arbitre F3, fonction à laquelle elle décidera de mettre un terme en 1988, en raison notamment d'activités professionnelles qui la conduisent à Paris durant quelques années… 4ème dan en 1986, 5ème dan en 1993, Cathy Giraud s'est par ailleurs rendue à trois reprises au Japon : "En 1998, j'ai passé deux semaines avec des amis au Kodokan, sous la direction de maître Yamamoto. Puis j'y suis retournée en 1999 lors d'un voyage organisé par la Fédé. Cette fois c'était à Tenri, et il y avait Romain Pacalier, Edmond Petit et José Artiel. Enfin, j'y suis revenue en 2003, à l'occasion des Championnats du monde d'Osaka, mais cette fois en simple touriste."

Il est vrai que la culture orientale ne laisse pas Cathy insensible. Comment pourrait-il en être autrement de la part d'une élève de Bernard Monneret ? Celui-ci n'est-il pas lui-même 3ème dan de judo, 3ème dan de karaté, 1er dan de iaido, 1er dan de kendo et 6ème dan d'aïkido ? "Le C.L.A.M. a ceci de particulier qu'il est l'un des clubs lyonnais qui compte le moins de licenciés et le plus de gradés. Jean-Marc Charrier, qui est arrivé au club en même temps que moi, est aujourd'hui 5ème dan, tout comme Didier Bordi ou Jean-Pierre Mildot." Fidèle à la philosophie Monneret, le club ne court en effet pas après la compétition, et s'en porte très bien ainsi. "La proximité géographique avec des clubs comme Rhodia-Vaise ou Ménival explique sans doute le fait que nous n'avons quasiment pas d'adolescents sur le tapis. Du coup, nous formons un noyau dur, avec un travail essentiellement technique autour par exemple des balayages et des enroulements." De fait, Cathy regrette ainsi la manière dont se pratiquent parfois les uchi-komi, telle qu'elle a pu l'observer ici ou là : "Il y a une tendance à confondre parfois le travail de vitesse avec celui de précision. Il me semble important de bien distinguer les deux. Il y a des moments où il est important d'insister sur la vitesse, et d'autres où il conviendra plutôt de travailler sur la justesse du placement. De mon point de vue, c'est l'intensité qu'il mettra dans ce travail-là qui va permettre au judoka de ressentir vraiment la technique, de la comprendre."

Première femme de la Ligue du Lyonnais à obtenir son 6ème dan – le 13 mai 2006, en même temps que Michel Filieul, professeur à l'A.L. Caluire -, Cathy Giraud a pu mesurer depuis l'importance que cette distinction revêt, notamment chez ses collègues féminines : "Lors de la remise officielle, le 13 janvier 2007 à Paris, beaucoup d'anciennes de l'Equipe de France comme Jocelyne Triadou, Béatrice Rodriguez ou Marie-France Collignon sont venues m'entourer. Cela faisait chaud au cœur." Car Cathy est la première à le reconnaître : l'accès du judo féminin à la compétition n'a pas fait que du bien à la solidarité féminine ! "A mes débuts, il y avait régulièrement des stages et des regroupements féminins. Nous étions alors facilement une centaine à nous retrouver sur le tapis. Avec l'apparition de la compétition, les regroupements sont devenu peu à peu plus "élitistes", ce qui a vite dissuadé un bon paquet de filles de venir. Heureusement, les choses semblent à nouveau changer, petit à petit." Ainsi, le 10 octobre 2006, Cathy Giraud tint à être présente au tout premier regroupement féminin "nouvelle génération" organisé à Lyon par le Comité du Rhône et encadré par Maud Callet, 3ème dan, et Isabelle Minh, 5ème dan. Et même si l'initiative reste encore relativement confidentielle, Cathy se montre confiante pour la suite : "Il faut du temps pour que les choses changent. Mais lorsqu'elles doivent changer, elles changent."

Les judoka qui l'ont marquée ? Spontanément, Cathy cite des hommes : Shozo Fujii, bien sûr, mais aussi Toyokazu Nomura (champion olympique 1972 et champion du monde 1973 en -70 kg) ou Guy Auffray (triple champion de France, champion d'Europe et médaillé de bronze aux Championnats du Monde 1971 en -80 kg). Côté femmes, Cathy avoue avoir été impressionnée lors d'un stage par la précision des uchi-komi de la Japonaise Noriko Anno. Au plan hexagonal, elle cite aussi volontiers Béatrice Rodriguez, Paulette Fouillet, Michèle Lyonnet ou encore Dominique Berna (7ème aux J.O. de 1992 en -52 kg).

… A priori, donc, rien n'incitait Cathy à se lancer dans l'aventure du 6ème dan : "J'avais été bien refroidie par les échecs en 2003 de deux professeurs lyonnais que j'apprécie beaucoup, surtout au vu de leur investissement total dans ce travail. Mais trois personnes m'ont poussée à y aller." Ces trois personnes sont Liliane Delargillière, 6ème dan, une amie de l'Ecole des cadres  professeur aux Deux-Alpes ; Miwako Le Bihan, 7ème dan japonaise professeur à Brest ; et surtout Madame Georges Baudot, veuve de l'emblématique 7ème dan, à qui Cathy a fait un jour la promesse d'aller au bout de cette aventure-là aussi, comme elle se l'était promis en 1972 en hommage à Renée Monneret.

"Le 6ème dan est un examen qui ne peut pas se préparer seul, sous peine d'être un jour tenté de faire demi-tour. Les encouragements de nos proches, de nos collègues et de nos élèves tiennent pour une part considérable dans cette réussite. A Lyon, le fait de pouvoir montrer les étapes de notre travail à des personnes comme Michel Charrier, René Nazaret ou Pierrot Blanc permet de prendre le recul nécessaire face aux corrections à apporter. Le 6ème dan, c'est une distinction individuelle née d'un parcours collectif." Cathy Giraud tient d'ailleurs à rendre hommage à ses partenaires pour l'examen : Jean-Marc Charrier pour la partie debout, José Artiel pour le sol, Marc Pérard pour le Kochiki no kata et Serge Charbonnier pour le jujitsu. L'après-passage ? "Le 13 mai 2006 au soir, j'ai relâché une pression incroyable. Et depuis, c'est surtout le corps qui paie les conséquences de cet investissement", sourit-elle.

Membre jusqu'en 1999 du service communication presse de la Fédé, Cathy porte un regard mélancolique sur le judo – et le monde - tel qu'il évolue : "La structure des grosses villes rend chaque jour plus individualiste. A notre niveau, il devient ainsi plus difficile de faire perdurer l'esprit club. Quant à l'enseignement, approfondir une technique est de moins en moins compatible avec la culture du zapping. En tout cas nous essayons !"

Sur le meuble de l'entrée de sa maison, Cathy Giraud a déposé une sculpture de bois, représentant Tai-otoshi. "C'est un cadeau de Monsieur Monneret. C'est lui qui l'a sculpté." Le cadeau remonte à il y a quelques années, bien avant que Cathy ne se décide à tenter le 6ème dan… Et autour de quel mouvement travailla-t-elle d'ailleurs cet examen ? "Tai-otoshi", répond-elle en souriant.

Propos recueillis à Brindas et Lyon 9ème les 16 et 22 janvier 2007 par Anthony Diao.