Rencontre avec Marc Pérard

Né le 14 décembre 1960 à Saint-Etienne, Marc Pérard est sixième dan depuis 2008. Il est le fondateur du JC Pierre-Bénite et du JC Vernaison.

C’est à la rentrée 1966 que Marc Pérard pose le pied dans son premier dojo. Le contact a lieu au Judo club de la Loire. Son père, judoka lui-même, reste l’un des premiers élèves de Georges Baudot. Mais c’est surtout son frère, de dix-sept mois son aîné, que Marc accompagnera d’abord ce jour-là - "il ne voulait pas y aller seul". A l’époque il fallait avoir six ans révolus pour s’inscrire. Marc les aura trois mois plus tard. Georges Baudot s’attendrit et l’accepte sur le tapis.

Marc Pérard restera deux ans au JC Loire. En mars 1969, ses parents quittent Saint-Etienne pour Bron. Marc rejoint alors le Judo club des Brosses, où officie René Payan. Il y restera trois ans, jusqu’au prochain déménagement de ses parents – son père est alors comptable et est fréquemment appelé à voir du pays. Entre douze et quatorze ans, il a sa licence à la Maison des jeunes et de la culture de Salon-de-Provence, sous la houlette de Monsieur Rieu. Les trois saisons suivantes, de septembre 1974 à juin 1977, Marc rejoint ses meilleurs copains au Judo club de Pélissane, à cinq kilomètres de Salon-de-Provence. Un club axé sur la compétition, entraîné par Jacky Boisseau, un Bourguignon qui n’hésite pas à envoyer ses ouailles passer leurs kata à Semur-en-Auxois.

Marc Pérard a dix-sept ans lorsqu’un énième déménagement familial le conduit à poser ses zooris à l’entrée de la MJC de Pierre-Bénite de Robert Gay. C’est là qu’il obtiendra son premier dan, en 1979, puis son deuxième, en 1982… Pratiquant davantage par goût de la discipline et de ses valeurs que par goût de la compétition, Marc découvre peu à peu un autre plaisir, celui d’enseigner. Il le découvre aux côtés de Robert Gay, qu’il seconde régulièrement. Le virus est pris, d’autant qu’à l’Ecole des cadres, Marc retrouve avec bonheur et pendant trois saisons le professeur de ses débuts, Georges Baudot. Brevet d’Etat en 1984, ce -60 kg amateur de seoi va bientôt se trouver à un carrefour important.

En 1985 en effet, un conflit oppose la MJC de Pierre-Bénite à son professeur historique, Robert Gay. Lorsque celui-ci part, Marc lui demande alors de l’autoriser à prendre son relais. Robert Gay accepte. Marc crée alors coup sur coup le Judo club Pierre-Bénite et le Judo club Vernaison. Le premier est un moyen de désenclaver le quartier des Bleus, section ouest du Boulevard de l’Europe où les enfants et les adolescents ont le moins d’opportunités d’activités. Le second est créé ex-nihilo… Les deux clubs ont fêté en 2010 leur quart de siècle d’existence, avec 157 licenciés à Pierre-Bénite et 95 à Vernaison. Marc en est aujourd’hui le directeur technique.

Membre de la Commission régionale des grades depuis 1987, troisième dan en 1988, quatrième dan en 1991, Marc Pérard ne cache pas l’interaction entre le judo et son métier au quotidien, professeur d’éducation physique en collèges et lycées. "C’est en préparant le B.E. de judo que j’ai réalisé qu’enseigner le sport pourrait me plaire." Dont acte, avec un va-et-vient permanent quant aux méthodes pédagogiques : "Les deux se rejoignent sur un point, c’est cette idée d’arriver à ce que les élèves comprennent le sens de ce qu’ils font, pourquoi ils le font. Ne pas répéter mécaniquement mais comprendre l’utilité d’un geste."

Cinquième dan en 1995, juge interrégional depuis 1996, responsable de la formation assistants clubs et animateurs suppléants, Marc Pérard obtient son 6ème dan en 2008, l’année de ses 48 ans. Son programme est axé sur les balayages car "ils sont l’essence même du judo, cette idée d’utiliser le moins de force possible pour le maximum d’efficacité". Ses partenaires s’appellent Michel Filieul, José Artiel, Serge Charbonnier et Alexis Merlault. Un aboutissement pour celui qui, plus jeune, admirait les exploits de Shozo Fujii, Thierry Rey ou Jean-Luc Rougé ? Plutôt une expérience de plus dans le rapport aux partenaires, lui qui aime à faire travailler ses élèves les yeux fermés, pour "éduquer sa confiance en l’autre, puisqu’en judo vous n’êtes rien sans partenaire."

En avril 2010, Marc réalise le rêve de la majorité des judoka : partir au Japon. Un rêve ancien, maintes fois reporté. "J’avais eu plusieurs fois l’occasion de m’y rendre avec la Fédé. Le seul problème c’est que les dates étaient choisies en fonction des vacances scolaires – mais c’étaient celles de la zone de Paris ! Alors je me suis dit que la meilleure façon de réaliser ce voyage, c’était de l’organiser." Le projet est officialisé en septembre 2008. Vingt-six adultes du JC Pierre-Bénite et du JC Vernaison répondent présents dans un premier temps. Au final, ils seront seize, auxquels viendront s’ajouter neuf personnes venues d’autres clubs… Le voyage durera quinze jours, entre Tokyo, Kyoto, Osaka et Hiroshima. Davantage qu’un pèlerinage, chaque protagoniste rentrera avec un sentiment de fierté, la fierté de l’avoir organisé de A à Z. Surtout, l’expérience débouchera sur l’organisation régulière d’entraînements à thème, en commun avec les clubs associés à ce voyage. Une pratique coutumière chez Marc Pérard, lui qui organisait déjà des échanges avec le JC Pélissane, le club de son adolescence.

Rentré du Japon avec l’envie d’y retourner, Marc se garde pourtant bien de tomber dans la "japonidolâtrerie". Il relève par exemple que "si les uchi-komi sont souvent magnifiquement exécutés, il s’agit en général de deux ou trois techniques au maximum par élève." De son côté, le Marc Pérard-enseignant d’EPS se sera pour sa part réjoui de constater que les exercices de gymnastique (roue, appuis tendus renversés) font partie intégrante de l’échauffement nippon. "Nous avions délaissé ces exercices depuis quelques années, cela fait plaisir de les voir revenir !"

Sa plus belle réussite ? Michèle Casaburi, la présidente du JC Pierre-Bénite. "Lorsque son fils a commencé le judo, elle-même n’en avait jamais fait. Le défi ne l’a pas impressionné : elle est aujourd’hui deuxième dan et a valisé ses diplômes d’assistante club et de commissaire sportive !" Autre figure passée entre ses mains, l’international de rugby Pascal Papé. Dans une autre vie, celui-ci a en effet tâté du tatami vernissionnais jusqu’à la ceinture marron…

Pourquoi ne jamais avoir fusionné le JC Pierre-Bénite et le JC Vernaison, notamment dans la perspective des championnats par équipes ? "Des parents m’y ont poussé mais je m’y suis toujours refusé. Je tiens à cette double identité, c’est elle qui fait notre richesse." Car derrière le professeur, il y a le citoyen. Or, la cinquantaine approchant, le citoyen Marc Pérard porte un regard presque mélancolique sur l’époque : "Nous perdons peu à peu le respect des gamins, et ça c’est un peu notre faute à nous, enseignants. Nous avons parfois lâché sur des valeurs pour ne pas perdre des adhérents. J’espère qu’en gagnant des adhérents nous ne perdrons pas notre âme."

Propos recueillis à Pierre-Bénite les 26 novembre et 14 décembre 2010 par Anthony Diao.