Rencontre avec Raymond Redon

Né le 16 novembre 1940, Raymond Redon est co-fondateur du Judo club de Saint-Fons et du Judo club de Corbas. Il a obtenu son 6ème dan en 1988.

Raymond Redon

En 1955, Raymond Redon va sur ses quinze ans. Il vit à Embrun dans les Hautes-Alpes. Ouvrier meunier chez Fernand Céard dans la commune voisine du Pont-Neuf, il se forme chaque jour à ce qu'il appelle "l'école du défi", transportant à tours de bras des sacs de blé et de farine de 100 kg. C'est à cette époque que Gervais Cornier, un technicien venu relever les compteurs électriques au domicile familial, le repère et lui propose de s'essayer à un sport alors méconnu : le judo. Raymond s'inscrit alors au club le plus proche - dix kilomètres à pied de la maison ! -, le Judo club d'Embrun. L'enseignement y est dispensé par Gaston Bertrand, et l'épouse de Monsieur Cornier a la gentillesse de lui coudre son premier judogi.

Deux ans plus tard, Monsieur Redon père disparaît tragiquement. Son fils décide alors de quitter la minoterie de Fernand Céard et de s'engager dans la Marine nationale. Nous sommes alors en pleine période de décolonisation. Au Maroc, Raymond passe et obtient tous ses permis de conduire. Cet atout, ajouté à la crédibilité que lui confère sa ceinture marron de judo, lui permet notamment de devenir le chauffeur du capitaine François Langlet, "immortalisé au cinéma dans le film "Le crabe-tambour" de Pierre Schoendoerffer (1977)". Il sera également le chauffeur particulier de l'amiral Granger-Veyron, commandant en chef de toute la marine au Maroc, puis de l'amiral d'escadre Barthélémy, pacha du Colbert, le navire qui rapatria les cendres du maréchal Lyautey de Rabat aux Invalides.

En 1960, année où  il rencontre à Casablanca Rachel, sa future épouse, Raymond Redon se porte volontaire pour secourir les victimes du tremblement de terre d'Agadir - près de 15 000 morts et 25 000 blessés. Ses dons de sang lui vaudront les diplômes de bronze et d'argent, ainsi que la Croix du combattant. Son service militaire s’achève en août 1961. Raymond s'installe alors dans le Rhône, à Saint-Fons, où réside une branche de sa famille.

D'abord garçon laitier, Raymond Redon entre bientôt à la Ville de Saint-Fons et devient, avec sa compagne, gardien du Palais des sports. 1er dan en 1962, il pratique assidument le judo à Gerland, chez celui qu'il appelle affectueusement "le père coq", Vincent Valente père. Solide combattant de 80 kilos, ses techniques de prédilection sont sode-tsuri-komi et le ne-waza. Sa puissance physique lui vaut un surnom qu’il prendra avec amusement : "le bourrin"

A Saint-Fons, l'idée germe peu à peu de créer un club. Raymond y pense de plus en plus sérieusement, en compagnie de ses partenaires Gilbert Labrune, André Quilès et Emile Argoud. Franck Sérusclat, le sénateur-maire de l'époque, se montre au départ pourtant sceptique. Mais la persévérance paie : le Judo club de Saint-Fons voit le jour en 1966. Raymond est 2ème dan. Il a 26 ans.

Elève assidu des cours de Georges Baudot au CREPS de Mâcon, Raymond Redon obtient son diplôme de Professeur de judo l’année de son 3ème dan, en 1968. Il appartient à la toute première promotion de l'Ecole des cadres. Seuls 8 des 28 candidats seront reçus - "La rigolade, c'est fini, Redon !" lui avait gentiment mais fermement fait observer Georges Baudot, quelques mois plus tôt... Sage conseil. La même année, Raymond obtient sa maîtrise de tir à l'arc et d'escrime, ainsi que sa maîtrise en éducation physique.

Vice-champion de France FSGT en 1971, 4ème dan en 1972, il cofonde avec ses trois mêmes camarades le JC Corbas. 3ème aux championnats de France éliminatoires 1972, il participe aux championnats de France par équipes à Coubertin la saison suivante. En 1974 et 1977, il effectue deux séjours de quatre puis deux mois au Kodokan de Tokyo, où il "redécouvre le judo". Homme de défi, il met un point d’honneur à profiter de ces séjours pour repasser et obtenir son 4ème dan, désormais estampillé Kodokan.

A Saint-Fons, il crée et développe les activités périscolaires du judo - une première en France. 5ème dan compétition en 1979, 6ème dan en 1988 à sa seconde tentative (thème : hikkomi-gaeshi, avec un partenaire "au soutien inestimable", Bruno Blanchard), il sera pendant plusieurs années responsable des stages de perfectionnement minimes et cadets au CREPS de Mâcon. Educateur sportif territorial hors classe à la Ville de Saint-Fons jusqu'à son départ à la retraite en 1998, relayé un temps par Stéphane Auduc – désormais entraîneur de Sucy Judo et de l’Olympic judo Nice -, et aujourd’hui Adel Boulemtafès, il aura formé au total 114 ceintures noires, 10 professeurs de judo, 4 champions de France, 2 sélectionnés aux championnats d'Europe et une réserve olympique. Des élèves connus passés entre ses mains ? Vincent Valente (homonyme de la famille de Gerland), Garcia-Vero, Thierry Frémaux ("Monsieur utsuri-goshi"), Gilles Orénès, Claude Trinh ("le Chinois"), Jean-François Guérin, Marc Labrune... Les champions qui l'ont fait vibrer ? Des Japonais essentiellement, au premier rang desquels figurent Shozo Fujii et Sumio Endo.

Médaille d’or de Jeunesse et Sport, médaille d’or du Sénat, chevalier de l’ordre des Palmes académiques, médaillé d’honneur des villes de Saint-Fons et d’Embrun, Raymond Redon n’en reste pas moins fidèle à un credo : "Mon premier souci de professeur, c'est d'apprendre à mes élèves à dire bonjour, au revoir et merci. Leur donner, à travers le judo, ce goût de l’effort dont nous avons tant besoin dans la vie. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours refusé de prendre les enfants avant l'âge de cinq ou six ans. Avant cet âge, ce n'est plus de l'enseignement, c'est de la garderie !... J'ai aussi beaucoup appris au Japon, notamment sur le fait qu'il est possible d'enseigner sans être directif, en laissant l'élève comprendre de lui-même, par petites touches."

Ce qui lui plaît dans le judo ? "Tout s'apprend mais il faut du temps pour tout comprendre. C’est ce qui me plaît dans cette discipline. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, même retraité depuis douze ans, je crois que l'apprentissage du judo n'est jamais fini... A l'époque où je combattais, j'avais d’ailleurs un surnom pas très flatteur, "le bourrin". Georges Baudot avait même surnommé mon club le "Bourrin's club" [Rires]. Preuve que je le prenais bien, l'écusson du JC Saint-Fons a longtemps représenté un cheval en train de projeter sur ura-nage ! Peut-être que si je n’avais pas porté des sacs de 100 kg de farine à l’adolescence, ma pratique aurait été différente, et le surnom qui allait avec aussi ! C’est aussi ça, le judo : il appartient à chacun de faire de ses caractéristiques des qualités, des atouts. Le judo permet cela. Mais la base de tout, c'est de savoir tomber. La plus grande victoire d'un professeur, c'est d'apprendre à ses élèves à savoir accepter la défaite. La nier est absurde, elle fait partie de la vie. Autant s’y confronter."

Propos recueillis à Saint-Fons les 16 et 30 avril 2010 par Anthony Diao.